Comment garantir la sécurité incendie dans les copropriétés avec le DTG et le PPT ?
La sécurité incendie dans les copropriétés n’est pas un
sujet abstrait ni un empilement de textes réglementaires que l’on consulte une
fois tous les dix ans. Elle s’inscrit dans le quotidien concret des immeubles,
dans leurs cages d’escalier encombrées, leurs caves mal ventilées, leurs locaux
techniques vieillissants et leurs usages parfois approximatifs. Lorsqu’un
incendie survient, ce ne sont pas les intentions qui comptent, mais l’état réel
du bâti, la lisibilité des cheminements, la capacité des équipements à
fonctionner au moment critique, et la manière dont la copropriété a — ou non —
anticipé les risques connus.
Depuis plusieurs années, la réglementation a progressivement
déplacé la responsabilité. Il ne s’agit plus seulement de réagir après coup, ni
de se réfugier derrière l’idée que “tout était conforme à l’époque”. Les textes
récents, et plus encore leur application sur le terrain, imposent une logique
d’anticipation, de traçabilité et de planification. Le Diagnostic Technique
Global et le Plan Pluriannuel de Travaux s’inscrivent dans cette évolution :
ils ne garantissent pas l’absence d’incendie, mais ils rendent visibles les
vulnérabilités d’un immeuble et obligent la copropriété à regarder en face ce
qu’elle accepte, ce qu’elle corrige et ce qu’elle reporte.
Dans de nombreuses copropriétés anciennes, les dispositifs
de sécurité incendie existent, mais leur état réel est rarement interrogé.
Extincteurs présents mais non vérifiés depuis plusieurs années, éclairages de
secours hors service, portes coupe-feu maintenues ouvertes par habitude,
trappes de désenfumage bloquées par des dépôts ou des interventions
successives. Ces situations ne relèvent pas de la malveillance : elles sont le
résultat d’un empilement de décisions mineures, d’un entretien différé et d’une
méconnaissance progressive du fonctionnement global de l’immeuble. Le risque
n’est pas spectaculaire, il est silencieux, diffus, et parfaitement banal.
Le feu, lorsqu’il se déclare, ne respecte pas les découpages
administratifs ni les raisonnements budgétaires. Dans les immeubles collectifs,
ce sont souvent les fumées qui tuent, bien avant les flammes. La capacité d’un
bâtiment à évacuer ces fumées, à maintenir une visibilité minimale et à
permettre une évacuation lisible est déterminante. Or, le désenfumage — qu’il
soit naturel ou mécanique — est l’un des points les plus fréquemment dégradés
dans le parc existant. Volets bloqués, commandes inaccessibles, conduits
obstrués : autant d’éléments qui transforment un dispositif réglementaire en
simple décor technique.
Le DTG, lorsqu’il est mené sérieusement, met précisément en
lumière ces incohérences. Il ne se limite pas à cocher des cases, mais
confronte les équipements aux usages réels de l’immeuble. Il observe les
circulations, l’état des gaines, la lisibilité des issues, la cohérence entre
les installations électriques, les systèmes de chauffage, les volumes communs
et les matériaux présents. Cette approche globale permet de hiérarchiser les
risques : tout n’est pas également dangereux, mais certaines faiblesses combinées
peuvent devenir critiques.
Le Plan Pluriannuel de Travaux prend alors une dimension
stratégique. Il ne s’agit pas d’un catalogue de travaux idéalisé, mais d’un
outil de pilotage. Il fixe une trajectoire réaliste, compatible avec la
capacité financière de la copropriété, tout en assumant que certaines
interventions ne peuvent plus être repoussées indéfiniment. Remettre en
conformité un système de désenfumage, sécuriser des portes coupe-feu, clarifier
des cheminements d’évacuation, reprendre des installations électriques
anciennes : ces choix engagent la responsabilité collective, même lorsqu’ils
sont étalés dans le temps.
Sur le terrain, les tensions apparaissent souvent en
assemblée générale. Certains copropriétaires estiment ne pas être concernés,
d’autres redoutent l’impact financier, d’autres encore pensent que le risque
est théorique. Le DTG et le PPT ne tranchent pas à leur place : ils
objectivent. Ils posent des faits, des constats, des échéances possibles. Ils
permettent aux décisions d’être prises en connaissance de cause, et non sur la
base d’un ressenti ou d’une minimisation implicite du danger.
Dans l’Eure et en Normandie, une grande partie du parc
immobilier collectif date d’avant les normes actuelles de sécurité incendie.
Cela ne signifie pas que ces immeubles sont dangereux par nature, mais qu’ils
ont été conçus selon des logiques techniques et réglementaires différentes. Les
adapter aux exigences contemporaines suppose une lecture fine du bâti, de ses
contraintes, de ses usages, et parfois de ses limites structurelles. La
sécurité incendie ne se décrète pas : elle se construit progressivement, par
des choix cohérents et assumés.
Le rôle de l’expert ne consiste pas à rassurer à tout prix
ni à dramatiser. Il consiste à décrire fidèlement l’état du bâtiment, à
expliquer ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne plus, et ce qui deviendra
problématique si rien n’est fait. Cette posture est inconfortable, mais elle
est indispensable. Elle protège les occupants, mais elle protège aussi la
copropriété elle-même, en documentant les décisions, les arbitrages et les
limites acceptées à un instant donné.
À l’horizon 2026–2027, la sécurité incendie s’impose de plus
en plus comme un critère transversal de la gestion immobilière. Elle croise les
questions d’entretien, de rénovation énergétique, de vieillissement du bâti et
de responsabilité juridique. Le DTG et le PPT ne sont pas des garanties
absolues : ils sont des outils de lucidité. Et dans un immeuble collectif, la
lucidité reste la première condition de la sécurité.