Ascenseurs et fin de la 2G-3G : le jour où la copropriété perd le droit de choisir
Pendant longtemps, les copropriétés ont cru que les
décisions importantes viendraient d’elles. Que les choix techniques se
voteraient en assemblée générale, que les travaux se discuteraient, que le
temps jouerait en leur faveur. Cette illusion est en train de disparaître. Non
pas à cause d’un défaut de gestion ou d’une panne spectaculaire, mais à cause
d’un phénomène beaucoup plus discret : la fin programmée des réseaux 2G et 3G.
Dans des milliers d’immeubles en France, l’ascenseur
fonctionne encore parfaitement. Il monte, il descend, il passe les contrôles
périodiques. Et pourtant, il est déjà en sursis. Non pas mécaniquement, mais
réglementairement. Le jour où les réseaux 2G et 3G seront coupés par les
opérateurs, une grande partie des systèmes de téléalarme d’ascenseurs deviendra
instantanément inutilisable. Pas dégradée. Pas partiellement fonctionnelle.
Inopérante.
Le problème est là : rien ne permet de le voir venir au
quotidien. Aucun bruit. Aucun voyant. Aucun dysfonctionnement apparent. Le
bouton d’alarme est toujours là, rassurant, comme s’il garantissait encore la
sécurité. En réalité, il dépend d’une technologie en voie de disparition,
décidée en dehors de toute copropriété, sans vote, sans négociation possible.
Lorsque ces réseaux seront arrêtés, l’ascenseur pourra
continuer à fonctionner mécaniquement, mais il ne sera plus légalement
exploitable. Un ascenseur sans système de communication d’urgence opérationnel
n’est pas conforme. Et un équipement non conforme, même s’il fonctionne, engage
directement la responsabilité de la copropriété en cas d’incident.
C’est précisément ce type de situation que les copropriétés
gèrent le plus mal. Parce qu’il n’y a pas de transition douce. Il n’y a pas de
phase intermédiaire confortable. Il y a un avant, où tout semble normal, et un
après, où la décision n’appartient plus à personne. L’ascenseur doit être
adapté. Point.
Dans les faits, la transition vers des systèmes compatibles
4G ou équivalents n’a rien d’anecdotique. Elle implique des interventions
techniques, des compatibilités à vérifier, parfois des modifications sur
l’installation existante, et surtout un coût qui arrive sans prévenir. Pour
certaines copropriétés, ce montant est absorbable. Pour d’autres, il s’ajoute à
une accumulation de charges déjà lourdes : entretien courant, mise aux normes,
inflation des contrats, vieillissement général du bâti.
Ce n’est pas le montant isolé qui crée la crise. C’est son
irruption sans préparation.
C’est là que le Diagnostic Technique Global prend une
dimension que beaucoup sous-estiment. Le DTG ne sert pas seulement à constater
l’état visible du bâtiment. Il permet d’identifier les points de rupture à
venir : des équipements qui fonctionnent aujourd’hui mais dont l’environnement
technologique ou réglementaire est en train de disparaître. Un ascenseur peut
être mécaniquement sain et juridiquement condamné. Sans DTG, cette réalité
reste diffuse, noyée dans des mails techniques, des notes peu lues, des devis
transmis trop tôt. Avec un DTG, elle devient écrite, datée, opposable.
Le Plan Pluriannuel de Travaux, lui, transforme cette
contrainte technologique en question de gestion. Il ne parle plus de
modernisation abstraite ou d’évolution numérique. Il parle de calendrier, de
priorisation, d’impact réel sur les charges. Il remet la décision au bon
moment, tant qu’il est encore possible d’anticiper au lieu de subir.
Sur le terrain, ce que l’on observe n’est pas un manque
d’information. Les entreprises de maintenance préviennent. Les opérateurs
annoncent les échéances. Les textes existent. Ce qui manque, c’est une vision
d’ensemble. Les copropriétés raisonnent encore trop souvent équipement par
équipement, devis par devis, sans percevoir que certaines décisions ne
dépendent plus d’elles.
La fin de la 2G et de la 3G n’est pas un problème
d’ascenseur. C’est un révélateur. Elle montre que certains équipements
deviennent obsolètes non parce qu’ils sont usés, mais parce que le monde autour
d’eux change plus vite que la capacité collective à anticiper. Elle révèle
surtout une chose : refuser de décider n’est jamais neutre. C’est accepter que
la décision arrive plus tard, plus chère, et imposée.
Le rôle du professionnel n’est pas de rassurer ni de
promettre. Il est de documenter le réel, d’expliquer ce qui va arriver,
pourquoi, et à quel coût. Ensuite, il s’arrête. La décision appartient aux
copropriétaires. Tant qu’elle leur appartient encore.
Après, ce n’est plus une décision.
C’est une obligation.
Pour comprendre comment ces situations s’intègrent dans la gestion technique d’un immeuble, la planification des travaux et la réalité du bâti en copropriété, vous pouvez consulter ici notre page de référence dédiée au Diagnostic Technique Global (DTG) et au Plan Pluriannuel de Travaux (PPT).